Tuesday, March 1, 2:00 pm - 3:00 pm, 2011

A conversation in French between Christy Wampole, Stanford Ph.D candidate in French and Italian Literature, and Haitian author Lyonel Trouillot.

 

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Lyonel Trouillot was born in Port-au-Prince in 1956. Although several members of his family were lawyers and he studied law at university, he eventually identified and pursued a greater passion: writing. A poet, novelist, journalist, literary critic, and writer of song lyrics, Trouillot is a prolific member of the Haitian writing community. Several of his books have been published by the reputable Actes Sud, including Rue des Pas-Perdus (1998), Thérèse en mille morceaux (2000), Les Enfants des héros (2002), Bicentenaire (2004), L’Amour avant que j’oublie (2007), and Yavanlou pour Charlie (2009). In 2008, Trouillot wrote the accompanying text for Haïti, a collection of photographs of the island taken by American photographer Jane Evelyn Atwood. A letter exchange between Trouillot and the French writer Sophie Boutaud de la Combe entitled Lettres de loin en loin (2008) explores the gaps of nationality, gender, class, and power between France and its former colony of Haiti. Trouillot writes in both Creole and French and has published poetry in both languages. These collections include La petite fille au regard d'ile (1994), Eloge de la contemplation (2009), Depale (1979), and Zanj nan dlo (1995). He has been awarded several literary prizes, including the prestigious Chevalier des Arts et des Lettres de la France in 2010.

Monsieur Trouillot chose his favorite song as this episode’s closing music. When asked about his favorite singer, he replied, “Il y a Léo Ferré, et puis les autres.”

Léo Ferré, “La mémoire et la mer”

La marée, je l'ai dans le cœur
Qui me remonte comme un signe
Je meurs de ma petite sœur, de mon enfance et de mon cygne
Un bateau, ça dépend comment
On l'arrime au port de justesse
Il pleure de mon firmament
Des années lumières et j'en laisse
Je suis le fantôme jersey
Celui qui vient les soirs de frime
Te lancer la brume en baiser
Et te ramasser dans ses rimes
Comme le trémail de juillet
Où luisait le loup solitaire
Celui que je voyais briller
Aux doigts de sable de la terre

Rappelle-toi ce chien de mer
Que nous libérions sur parole
Et qui gueule dans le désert
Des goémons de nécropole
Je suis sûr que la vie est là
Avec ses poumons de flanelle
Quand il pleure de ces temps là
Le froid tout gris qui nous appelle
Je me souviens des soirs là-bas
Et des sprints gagnés sur l'écume
Cette bave des chevaux ras
Au raz des rocs qui se consument
Ô l'ange des plaisirs perdus
Ô rumeurs d'une autre habitude
Mes désirs dès lors ne sont plus
Qu'un chagrin de ma solitude

Et le diable des soirs conquis
Avec ses pâleurs de rescousse
Et le squale des paradis
Dans le milieu mouillé de mousse
Reviens fille verte des fjords
Reviens violon des violonades
Dans le port fanfarent les cors
Pour le retour des camarades
Ô parfum rare des salants
Dans le poivre feu des gerçures
Quand j'allais, géométrisant,
Mon âme au creux de ta blessure
Dans le désordre de ton cul
Poissé dans des draps d'aube fine
Je voyais un vitrail de plus,
Et toi fille verte, mon spleen

Les coquillages figurant
Sous les sunlights cassés liquides
Jouent de la castagnette tans
Qu'on dirait l'Espagne livide
Dieux de granits, ayez pitié
De leur vocation de parure
Quand le couteau vient s'immiscer
Dans leur castagnette figure
Et je voyais ce qu'on pressent
Quand on pressent l'entrevoyure
Entre les persiennes du sang
Et que les globules figurent
Une mathématique bleue,
Sur cette mer jamais étale
D'où me remonte peu à peu
Cette mémoire des étoiles

Cette rumeur qui vient de là
Sous l'arc copain où je m'aveugle
Ces mains qui me font du fla-fla
Ces mains ruminantes qui meuglent
Cette rumeur me suit longtemps
Comme un mendiant sous l'anathème
Comme l'ombre qui perd son temps
À dessiner mon théorème
Et sous mon maquillage roux
S'en vient battre comme une porte
Cette rumeur qui va debout
Dans la rue, aux musiques mortes
C'est fini, la mer, c'est fini
Sur la plage, le sable bêle
Comme des moutons d'infini...
Quand la mer bergère m'appelle