Jean Santeuil
2.6.2 Art as revelation of perspective
(a) the materialist hypothesis of art (rejected):
"Si la plus haute poésie n’était pas celle que remplissait les grandes réalités... qui restaient à le regarder pendant ses promenades..., lui disant: regarde-nous, élucide-nous, pénètre-nous, la poésie n’était rien." (111)
(b) the idealist hypothesis (art as replacement religion):
"Jean n’avait pas été élevé dans la religion et n’avait pas encore appris la philosophie. La littérature était sa seule croyance" (110).
(c) each artist has her own world—the world of her soul:
"A celui qui, entre les innombrables oeuvres qui accomplissent perpétuellement leur révolution solitaire, traversant une distance infinie, va à notre oeuvre, monde complet où notre pensée est cachée, mais perdu entre tous les autres mondes pareils, comme un grain de sable entre les grains de sable, et pourtant aussi loin de tous les autres qu’une étoile des autres étoiles, et y salue notre âme d’un sourire fraternel et confiant" (781-2).
(Compare Recherche: "Le seul véritable voyage,... ce ne serait pas d’aller vers de nouveaux paysages, mais d’avoir d’autres yeux, de voir l’univers avec les yeux d’un autre...; et cela nous le pouvons avec un Elstir, avec un Vinteuil,... nous volons vraiment d’étoiles en étoiles." (P 246))
(d) this world has nothing to do with her everyday self (the Contre Sainte-Beuve idea).
(e) we can see the artist's soul only through her works:
"ces créatures mystérieuses que probablement il ne nous est pas donné de pouvoir approcher de plus près qu’à travers le cristal précieux de ses livres [= les livres de Traves]." (331)
(f) an artist can train herself to allow the soul to suffuse the entire work:
"Mais un auteur jusqu’à ce qu’il soit mort reste une chose qu’on peut modifier, et il faut que la pensée qui est en lui absorbe peu à peu son être, si bien que tout ce qu’il dira sera le langage même de la pensée" (341).
(g) the artwork's content is unimportant:
"la valeur de la littérature n’est nullement dans la matière déroulée devant l’écrivain, mais dans la nature du travail que son esprit opère sur elle." (JS 335)
Compare Recherche, where "le génie, même le grand talent, vient moins d’éléments intellectuels et d’affinement social supérieurs à ceux d’autrui, que de la faculté des les transformer, de les transposer. ...ceux qui produisent les œuvres géniales ne sont pas ceux qui vivent dans le milieu le plus délicat, qui ont la conversation la plus brillante, la culture la plus étendue, mais ceux qui ont eu le pouvoir, cessant brusquement de vivre pour eux-mêmes, de rendre leur personnalité pareille à un miroir, de telle sorte que leur vie si médiocre d’ailleurs qu’elle pouvait être mondainement et même, dans un certain sens, intellectuellement parlant, s’y reflète, le génie consistant dans le pouvoir réfléchissant et non dans la qualité intrinsèque du spectacle reflété." (JF 124-5)
(h) hence any object is a potential subject for art:
"Ruskin dit que nous devons tout décrire, qu’il ne faut pas écarter tel ou tel objet car tout est poétique." (486) See also JS 585.
Compare
Recherche: "il n’y a pas de choses plus ou moins précieuses, la robe commune et la voile en elle-même jolie sont deux miroirs du même reflet. Tout le prix est dans les regards du peintre." (CG 408) And also the 1895 essay “Chardin et Rembrandt": "Nous avions appris de Chardin qu’une poire est aussi vivante qu’une femme, qu’une poterie vulgaire est aussi belle qu’une pierre précieuse. Le peintre avait proclamé la divine égalité de toutes choses devant l’esprit qui les considère... Nous comprendrons que la beauté n’est pas dans les objets... Nous verrons les objets n’être rien par eux-mêmes" (EA 76).
(j)
artworks also allow us to see ourselves (self-clarification):
"ce que les philosophes disent aussi, que chacune des petites joies, des plus simples événements de ce passé, les autres ne les ont pas sentis comme nous, que nous n’avons pu entrer dans leur manière de sentir ni eux dans la nôtre, cette idée qui donne parfois un sentiment d’isolement si triste à ceux qui y réfléchissent, n’achève-t-elle pas de donner à notre passé ce caractère unique qui fait pour nous de nos souvenirs une oeuvre d’art qu’aucun artiste, si grand qu’il soit, ne saurait imiter et qu’il peut seulement se flatter de nous inciter à contempler en nous?" (205) Compare Recherche: "En réalité, chaque lecteur est quand il lit le propre lecteur de soi-même. L’ouvrage de l’écrivain n’est qu’une espèce d’instrument optique qu’il offre au lecteur" (TR 217).
[Cf. "Rêveries couleur du temps" on listening to music: "Tous alors, comme si un messager qu'on ne peut voir faisait un récit palpitant, semblent attendre avec anxiété, écouter avec transport ou avec terreur une même nouvelle qui pourtant éveille en chacun des échos divers. L'angoisse de la musique est à son comble, ses élans sont brisés par des chutes profondes, suivis d'élans plus désespérés. Son infini lumineux, ses mystérieuses ténèbres, pour le vieillard ce sont les vastes spectacles de la vie et de la mort, pour l'enfant les promesses pressantes de la mer et de la terre, pour l'amoureux, c'est l'infini mystérieux, ce sont les lumineuses ténèbres de l'amour. Le murmure puissant des harmonies fait tressaillir les profondeurs obscures et riches de son souvenir. ... Le musicien qui prétend pourtant ne goûter dans la musique qu'un plaisir technique y éprouve aussi ces émotions significatives... Et moi-même enfin, écoutant dans la musique la plus vaste et la plus universelle beauté de la vie et de la mort, de la mer et du ciel, j'y ressens aussi ce que ton charme a de plus particulier et d'unique, ô chère bien-aimée." (PJ 168-9)
Or again on novels:
"romans ..., qu'elle choisissait selon son caprice du moment ou ses rêves, à qui elle les confia, qui y mêlèrent ceux qu'ils exprimaient et l'aidèrent à mieux rêver les siens" (PJ 175).]
(k) artworks continue to function even when we know them well:
"Le tableau qui [tel] un bel inconnu nous a fait rêver un soir d’une vie différente et d’une âme cachée, ne l’aimons-nous pas encore, quoique autrement, quand... il reste nuit et jour dans notre chambre, ne nous inquiétant plus de son regard qui semble plutôt nous reconnaître, nous ravissant de ses beautés particulières et bien connues?" (JS 790)
Contrast Recherche: "souvent il y avait pour moi sans doute un morceau de musique de moins dans le monde, mais une vérité de plus" (P 357).