Jean Santeuil
2.5.4.2.5 Involuntary memory—mémoire désintéressée
A first real
explanation for the happiness it causes: involuntary memory is memory minus will.
(a)
involuntary memory is mémoire désintéressée
"Mais ces idées qui venaient à Jean en écoutant le vent étaient des idées autres qui semblaient non pas creuses mais pleines, à la fois dans le passé, son passé à Penmarch, et le présent, et plus profondes... y aller ne lui paraissait presque pas nécessaire, car le désir excité par le vent et le souvenir de Penmarch se résolvait non dans le plaisir égoïste qu’il aurait à Penmarch... il ne dévorait plus la vie avec une sorte d’angoisse de la voir disparaître sous la jouissance, mais il la goûtait avec confiance, sachant qu’un jour ou l’autre la réalité qu’il y avait dans ces minutes, ils les retrouverait à condition de ne pas la chercher, dans le brusque rappel d’un coup de vent, d’une odeur de feu, d’un ciel bas ensoleillé... Réalité qui est celle que nous ne sentons pas pendant que nous vivons les moments, car nous les rapportons à un but égoïste, mais qui, dans ces brusques retours dans la mémoire désintéressé..." (397)
(b) that is, involuntary memory removes will from the picture
"Toutes les scènes que je vous raconte, je les ai vécues. Comment donc pouvaient-elles valoir moins comme scènes de la vie que comme scènes de mon livre? C’est que, au moment où je les vivais, c’est ma volonté qui les connaissait dans un but de plaisir ou de crainte... Et leur essence intime m’échappait." (345)
(c) it thus differs from ordinary experience, where our future goals prevent appreciation of the present
Again, "Toutes les scènes que je vous raconte, je les ai vécues. Comment donc pouvaient-elles valoir moins comme scènes de la vie que comme scènes de mon livre ? C’est que, au moment où je les vivais, c’est ma volonté qui les connaissait dans un but de plaisir ou de crainte... Et leur essence intime m’échappait." (345)
"Il mesurait son plaisir à la voir [=à voir Marie] par l’immensité de son désir de la voir et de son chagrin de la voir partir, car sa présence même, il la goûtait mal." (85)
[Cf. "Rêveries couleur du temps": "À peine une heure à venir nous devient-elle le présent qu'elle se dépouille de ses charmes, pour les retrouver... sur les routes de la mémoire. Ainsi le village poétique vers lequel nous hâtions le trot de nos espoirs impatients et de nos juments fatiguées exhale de nouveau, quand on a dépassé la colline, ces harmonies voilées, dont la vulgarité de ses rues... ont si mal tenu les vagues promesses. Mais ... loin de soupçonner dans l'essence même du présent une imperfection incurable, nous accusons la malignité des circonstances particulières" (PJ 204-5). And perhaps also "Fragments de Comédie italienne": "Pourquoi surtout vous acharner à vouloir jouir du présent, pleurer de n'y pas réussir? Homme d'imagination, vous ne pouvez jouir que par le regret ou dans l'attente, c'est-à-dire du passé ou de l'avenir." (PJ 99)]
(d) ordinarily, our goal-drivenness prevents us from seeing what’s there
"la frivolité nous tournant vers les choses comme moyens de plaisir et nous empêchant de les sentir en elles-mêmes" (381).
"Cette exaltation qui nous fait proférer de belles paroles dans un but et pour quelque fin intéressé est le contraire de la littérature qui s’efforce d’exprimer avec sincérité ce que l’on sent. D’où sans doute l’antagonisme qu’il y a entre l’art et la vie, et les gens qui écrivent trop de lettres, ont trop de buts sentimentaux dans la vie (le contraire: Flaubert), ont moins de talent, et surtout ceux qui parlent trop." (736)
Again,
"chaque fois qu’un artiste, au lieu de mettre son bonheur dans son art, le met dans sa vie, il éprouve une déception et presque un remords qui l’avertit avec certitude qu’il s’est trompé. En sorte qu’écrire un roman ou en vivre un, n’est pas du tout la même chose, qui qu’on dise. Et pourtant notre vie n’est pas absolument séparée de nos oeuvres. Toutes les scènes que je vous raconte, je les ai vécues. Comment donc pouvaient-elles valoir moins comme scènes de la vie que comme scènes de mon livre? C’est que, au moment où je les vivais, c’est ma volonté qui les connaissait dans un but de plaisir ou de crainte... Et leur essence intime m’échappait." (345)
"Le développement de la pensée dans un sens intérieur... a pour effet de développer en nous une sorte d'extrême sensibilité... dans les moments où nos tendances intellectuelles ne sont entravées par aucune préoccupation égoïste." (JS 581)