Jean Santeuil




2.5.5.2 Impressions—Theory

(a) thanks to impressions, nature—unlike love or theatre—gives true happiness:
"Alors Jean ne se demandait pas, comme en rentrant autrefois du théâtre, comme en quittant Mlle Kossichef, s’il lui était donc impossible de connaître le bonheur" (348).
(In JS there may even be a brief suggestion that nature is superior even to art! JS 372)

(b) although it's much weaker than in the Recherche, there's a hint of demarcation in JS between impression and involuntary memory.
"ceux dont la préoccupation n’est pas à l’extérieur mais à l’intérieur, et dont... la volonté et la pensée... sont portées ailleurs, bien loin à l’intérieur dans un passé qu’il s’agit d’expliquer ou une idée qu’on veut approfondir" (JS 577).
impressions are stored in memory (as opposed to being memories?): "une impression que nous avons eue, trésor qui ne peut se conserver que dans... la mémoire" (396).

(c) impressions can (and should) be expressed in the form of poetry:
"une impression que nous avons eue, trésor qui ne peut se conserver que dans... la mémoire, et ne peut se faire pressentir aux autres que par... la poésie." (396)
"Mais les impressions un peu profondes, qui ont frappé plus avant que son moi phénoménal [i.e. which have touched his true self] et y ont apporté plus qu’une vérité phénoménale, l’artiste a le devoir de les exprimer" (303).

(d) impressions yield "truths":
"la Nature... ne l’intéressait [= intéressait Bertrand] qu’en ce qu’il traduisait... de vérité" (303).
"la Nature avait doué de beauté une impression où précisément cette vérité était cachée, afin que le poète... en dégageât pour les autres la vérité cachée." (303-4)
"il [C.] emportait ses pensées, comme un jeune pêcheur rapporte... le poisson qu’il vient de pêcher.  ...ne connaissant pas encore ses idées, les gardant cachées sous l’image qu’il voyait devant ses yeux" (656); "Une fois devant son papier, il [C.] écrivait... ce qui l’invitait sous l’image où c’était caché... et non ce qui par raisonnement lui aurait paru intelligent et beau." (658)

(e) but these "truths" are not theories:
"Mais les impressions un peu profondes, qui ont frappé plus avant que son moi phénoménal [i.e. which have touched his true self] et y ont apporté plus qu’une vérité phénoménale, l’artiste a le devoir de les exprimer... Bertrand de Réveillon était, comme tous ses pareils, trop porté à croire qu’une impression particulière... est sans valeur, et que la grandeur d’une impression est proportionnée à la généralité des idées auxquelles elle fait directement appel.  Les esprits de second ordre ... font des théories" (303).

(f) and indeed these truths are heavily subjective:
"la nature... ne peut pas être séparée de notre vie, ni dans le présent... ni dans l’avenir où, quand on l’a une fois aimée, il suffit de la plus grise journée d’automne... pour nous enivrer du charme de notre passé et de la substance même de notre vie." (JS 353)
(Cf. perhaps JS 429: "heures que Jean essayait, sans le pouvoir, d’approfondir pour en garder quelque chose...  Nous nous penchons vers les choses avec avidité comme si elles pouvaient nous donner, la mer sa force inépuisable, le vent son souffle, l’air de mer sa pureté.  Illusion qui enchaîne tant de malades dans les lieux sauvages où la nature est pleine de force, tant de penseurs épuisés là où il n’y a que des forces sans pensée" (JS 429).)

(g) we project our mental states onto landscapes:
"Heureusement pour notre vie si changeante,..., notre sympathie ne reste pas attachée aux choses que nous avons quittées, mais demeure en nous et continue à se répandre autour de nous, pour les embellir, sur les lieux et les amis avec lesquels il nous faut vivre." (447)
[Cf. to some extent "Rêveries couleur du temps" : "l'espérance ... n'émane pas des heures attendues, mais de nos cœurs débordants de rayons" (PJ 205).]

(h) there's a strong suggestion that "the essence of things" is here identical to "my essence in things":
"le don merveilleux de sentir sa propre essence dans les choses, ou l’essence des choses, et qu’on appelle don de poésie" (381).
[Jean to Duroc:] “Ce dont j’ai besoin, c’est de me concentrer, de m’approfondir, de chercher la vérité, d’exprimer toute mon âme, ce qui est vrai, pas toutes ces choses en somme très futiles." (JS 288)

(j) hence the "Copernican turn"—when we try to seize the world, we only find ourselves... but this is what we should have wanted:
"Étrange désillusion, sérieux profit pourtant quand cet immense effort pour connaître l’univers n’aura réussi qu’à la seule chose qu’il ne cherchait pas, à se connaître lui-même." (JS 479)
[In reviewing his memories, Jean can’t seize the beloved's essence, but can see his own love:] "si... il ne trouvait plus son amour qu’il cherchait ainsi, pourtant c’était bien son amour qui donnait dans sa mémoire cette nuance unique à tous ses souvenirs entre les autres" (JS 815).

(k) we cannot see ourselves directly:
"comme tout en nous a été adultéré par la vie, sensibilité, sincérité, mémoire même, et jusqu’au sentiment bien net de notre personnalité et de la réalité de nos sentiments, nous ne savons même plus parfois si nous sommes amoureux ou nonNos actes seuls, restés en rapport avec l’instinct véritable que notre cerveau ne perçoit plus, témoignent de sa survivance." (JS 720)

(l) hence we need the detour via impressions:
"Les seules belles choses qu’un poète puisse trouver c’est en lui.  ...  Mais cette prise de possession de soi-même n’est pas directe.  Il faut qu’il se reçoive soi-même des mains mystérieuses qui le détiennent [i.e. from the hands that own his self].  Aussi montrez-lui une personne belle, une personne intelligente, ce n’est rien.  Mais il peut y avoir telle personne qui, placée devant ses yeux à une époque ancienne de sa vie, se trouve en avoir gardé pour lui seul l’impression à jamais. Peut-être en la voyant la retrouvera-t-il toute [= il retrouvera l’époque], et cette présence lui donnera quelque chose, car elle lui donnera un peu de lui-même." (500).
(Cf. "les pages les plus brillantes d’un écrivain sont souvent un morceau imposé, comme par exemple une préface demandée, un certain article.  La matière sur laquelle l’esprit s’exerce n’est pas l’esprit lui-même, toujours fuyant et à approfondir." (JS 848))


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