Jean Santeuil
2.4.4 Laws of love
(a) We fall in love for many different reasons. "La sensualité le rapprochait des autres. L’imitation. Le goût esthétique et d’art aussi." (JS 813) (There's also mystery: love can be killed by possession (718) and kept alive by jealousy (723).)
[In "Rêveries couleur du temps," the aesthetic emotion caused by music is one reason:
"L'angoisse de la musique est à son comble, ses élans sont brisés par des chutes profondes, suivis d'élans plus désespérés. Son infini lumineux, ses mystérieuses ténèbres, pour le vieillard ce sont les vastes spectacles de la vie et de la mort, pour l'enfant les promesses pressantes de la mer et de la terre, pour l'amoureux, c'est l'infini mystérieux, ce sont les lumineuses ténèbres de l'amour. Le murmure puissant des harmonies fait tressaillir les profondeurs obscures et riches de son souvenir. Et moi-même enfin, écoutant dans la musique la plus vaste et la plus universelle beauté de la vie et de la mort, de la mer et du ciel, j'y ressens aussi ce que ton charme a de plus particulier et d'unique, ô chère bien-aimée." (PJ 169) Again, in "L’Indifférent," "tous les souvenirs d’art qui se rapportaient aux portraits de cette époque s’associèrent dès lors à la pensée de son amour, lui donnèrent une existence nouvelle en le faisant entrer dans le système de ses goûts artistiques." (PJ 263) Compare petite phrase and Botticelli.]
(b) In part, we choose love objects on the basis of our individual perspective. The painter Martial [like Elstir!] finds his aesthetic ideal materialized in Gabrielle: "je pensai que quand [le grand peintre] Martial l’avait épousée, la majesté absolue de son corps et de ses traits... avait dû faire d’elle pour Martial comme une sorte d’apparition de la beauté de son rêve dont il allait chercher les traces dans les statues de la Grèce et les tableaux de l’Italie. ... ses épaules, l’attache de son cou, la ligne de son nez, la forme de sont front, le regard de ses yeux étaient dans un rapport direct avec ce qu’il aimait, ce qu’il vénérait le plus au monde" (JS 307).
(c) Love remains purely subjective, however, on this basis: "Il n’y a aucun rapport réel et profond entre tel profil, momentanément charmant pour nous, et notre vie intérieure." (717) Hence the "vanité de l’amour" (737). "Nous nous fions à l’amour comme à la vie sans penser au néant de tout cela" (806).
"Chacun croit avoir rencontré un être unique, mais le grain de pollen qui va dans l'ovaire ne sait pas que tous les grains de pollen ont leur ovaire." (JS 742)
«Quelle fatigue que d’aimer sans cesse ce qui n’a de beauté que parce que nous l’aimons et qui, deux ans après, nous paraîtra fastidieux! Quelle illusion de s’attacher aux paysages, aux êtres, et quelle misère que de ne [pas] pouvoir jeter loin de soi cette illusion!» (447-8)
[Cf. "Mélancolique villégiature de Mme de Breyves": "M. de Laléande... serait bien étonné s'il savait l'autre existence miraculeusement intense... qu'il a dans l'âme de Mme de Breyves, existence aussi continue que son existence personnelle, se traduisant aussi effectivement par des actes, s'en distinguant seulement par une conscience plus aiguë, moins intermittente, plus riche." (PJ128) And "L’Indifférent": "Elle sentait très bien que... Les raisons de son amour étaient en elle" (PJ 261-2) See also "Rêveries couleur du temps": "Sa plus réelle beauté fut peut-être dans mon désir. Elle a vécu sa vie, mais peut-être seul, je l'ai rêvée." (PJ 176)]
(d) And hence changeable: "si nos amours pour les choses ressemblent à nos amours pour les personnes ou pour les vanités, en ce qu’ils changent d’objet, et que tout ce que nous avons aimé, nous devons le quitter avec un regret qui ne peut pas durer pour aimer d’autres choses et d’autres êtres, pourtant nous aurions tort de croire qu’il y a dans ces amours le même néant que dans les autres et que, comme les autres, ils n’ont rien gardé de nous-même." (453)
(e) Still, subjective satisfaction can be sufficient: "D’ailleurs, à partir d’un certain âge, dès que nos idées philosophiques se sont assises, nous jouissons mieux des choses, car nous n’en cherchons plus le bien-fondé métaphysique. Nous savons que les sensations qui se présentent à nous d’une manière vive et particulière | et éveillent en nous un retentissement poétique | sont réelles en cela, et nous ne cherchons pas à les discuter" (719). Later in life, we learn to make do with subjective side (721).
[Cf. "Mélancolique villégiature de Mme de Breyves": "et elle éprouvait tant de bien-être et tant de peine, qu'elle sentait que ce peu de chose qu'il était importait peu, puisqu'il lui faisait éprouver des souffrances et des joies auprès desquelles les autres n'étaient rien." (PJ 125)]
(f) It can even be profound: "le hasard de cette caresse, en lui révélant soudainement... un lui-même qu’il ne connaissait pas... c’était comme si sa vie eût tout d’un coup changé et si le monde était plus riche qu’il ne croyait, si tous les sentiments qu’il connaissait par coeur et les désirs et les plaisirs purement charnels sur lesquels il était blasé, n’étaient pas tout" (JS 822).
[Cf. perhaps "La fin de la jalousie": "Alors véritablement j'aimerai. ...je peux l'imaginer un peu, par ces heures où ma main dans la main de Françoise, je trouvais dans une tendresse infinie et sans désirs l'apaisement de mes souffrances et de ma jalousie." (PJ 233)]
(g) Love can be happy!
(i) the protagonist's parents, happy together (JS 71, 81, 157).
(ii) the painter Martial (see above)
(iii) Jean himself with Mme Griffon:
"Au fur et à mesure qu’elle lui était moins mystérieuse et que son trouble premier se condensait peu à peu en tendresse humaine, en bonheur terrestre, se fortifiait dans son coeur ce plaisir doux qui vient du sentiment de la propriété et de la continuité de l’habitude." (JS 789-90)
[Contrast "Violante ou la Mondanité": "Elle [Violante] ne connaissait pas encore l’amour. Peu de temps après, elle en souffrit, qui est la seule manière dont on apprenne à le connaître. (PJ 73)]
(h) Homosexuality has its own (additional) laws
(i) homosexual males cannot satisfy their desire because they want men, not hommes-femmes (JS 677).
(ii) homosexuality is presented in different ways at different moments in the text: relatively positively ("ce dissident de l’amour de la femme" (677)), relatively negatively "gens atteints d’inversion sexuelle" (710).
[Cf. "Avant la nuit," where again we find conflicting attitudes to homosexuality, just as we do at the start of Sodome et Gomorrhe. In quoting Leslie’s earlier defence of homosexuality, Françoise at one point presents homosexual love as a disease (and hence innocent)—"La cause de cet amour est dans une altération nerveuse qui l’est trop exclusivement pour comporter un contenu moral" (PJ 250)—and at another point presents love as a thing of beauty: "La plupart des gens s’écartent avec dégoût de la méduse. Michelet, sensible à la délicatesse de leurs couleurs, les ramassait avec plaisir." (251) The jellyfish analogy will return in SG.]
(j) Jealousy often accompanies love.
(i) But love can perfectly well exist without jealousy! For Jean (as for Swann), love predates jealousy: "Le coup terrible que les paroles du concierge... [etc.] avaient porté à l’amour de Jean... lui montraient... cet amour qui avait cessé un moment de se laisser sentirsans cesser d’être présent." (JS 809)
(ii) The jealous lover often takes comfort in the idea of at least knowing what is happening, so that he is not doubly duped: "du moins il venait de remporter sur eux comme une sorte d’avantage, il les tenait là... en ce moment ce n’était pas lui qui était trompé, qui était dupe, mais eux. Et puis, il avait comme la connaissance d’un fait dans ce mystère qui le troublait si douloureusement. Il se disait : au moins j’ai appris cela, je sais cela." (JS 724)
[Cf.
"La fin de la jalousie": "Non! il aimait mieux ne pas être deux fois trompé, savoir." (PJ 231)]
(iii) But jealousy is not a will to truth. It is a will to pain: "car sa colère lui représentait comme la jalousie à un jaloux les images qui lui font le plus de mal" (266).
(iv) [In PJ, we find the idea that jealousy ends only with love. "il priait Dieu ... de faire qu'il puisse enfin l'imaginer dans les bras d'un autre sans souffrir, puisqu'il ne pouvait plus se l'imaginer que dans les bras d'un autre. Et peut-être il ne se l'imaginerait plus ainsi quand il pourrait l'imaginer sans souffrance. ("La fin de la jalousie" 223) In "La fin de la jalousie," Honoré loves his love for Françoise—“et c'etait la la fin de sa jalousie.” (PJ 237)]
(k) Remedia amoris: "Un jour, on ne souffre plus d’un chagrin qu’on avait senti inconsolable ou d’une souffrance qu’on croyait intolérable." (JS 65-6; these are the words of C.) "mal organisés pour goûter la joie, nous ne le sommes qu’un peu mieux pour supporter la douleur... si nos joies sont moins profondes que nous ne les imaginions, nos chagrins sont aussi moins durables." (JS 95)
(l)
Forgetting is a subspecies of habit. "J ’ai souffert... des tourments de la jalousie. Et resté deux ans sans la voir,..., j’étais certain que ce mal me suivrait jusqu’à la mort. ... Je fus guéri vers la fin de cette deuxième année | et je n’en ai plus souffert depuis. C’est dans ces guérisons que j’admire la nature... pareille à ces médecins qui... vous donnent de l’opium, ses remèdes sont toujours à base d’oubli, ou plutôt d’habitudes" (JS 66; these are the words of C.)
(m) Eventually, our forgetting is total. (447-8)
[Cf. "L’indifférent": "Elle cessa de lui écrire, mais non point tout d’abord de penser à lui. Puis cela vint aussi." (PJ 268)]
[Or again, "Rêveries couleur du temps": "Et il eut de la peine d'en avoir moins de peine, puis cette peine-là même disparut." (PJ 174)]
[In "La Confession d’une jeune fille," we find the idea that it's painful no longer to feel pain: "Plus tard, l'absence porta d'autres enseignements plus amers encore, qu'on s'habitue à l'absence, que c'est la plus grande diminution de soi-même, la plus humiliante souffrance de sentir qu'on n'en souffre plus. (PJ 142)]