Jean Santeuil




2.5.4.2.7 Involuntary memory—true self

A third real explanation for the happiness it causes: involuntary memory indicates the presence of a true self.

(a) involuntary memory gives happiness because it reveals the existence of a consistent self.
"En lui-même, il sentait que quelque chose aussi... était resté le même.  Et à ces moments-là il n’avait plus de doute, plus d’inquiétudes, plus de tristesse." (454)

(b) it looks like the essence of things:
"Et nous nous demandons s’il n’est pas plus beau que l’imagination... ne puisse... sauver ainsi de l’oubli... l’essence... de la vie en bateau, en wagon... que quand, jaillissant du choc d’un présent et d’un passé identiques, elle est dégagée du temps." (464)

(c) but it’s really the essence of you:
"il ne dévorait plus la vie avec une sorte d’angoisse de la voir disparaître sous la jouissance, mais il la goûtait avec confiance, sachant qu’un jour ou l’autre la réalité qu’il y avait dans ces minutes, ils les retrouverait à condition de ne pas la chercher, dans le brusque rappel d’un coup de vent, d’une odeur de feu, d’un ciel bas ensoleillé...  Réalité qui est celle que nous ne sentons pas pendant que nous vivons les moments, car nous les rapportons à un but égoïste, mais qui, dans ces brusques retours dans la mémoire désintéressée, nous fait flotter entre le présent et le passé dans leur essence commune, qui dans le présent nous a rappelé le passé, essence qui nous trouble en ce qu’elle est nous-même, ce nous-même que nous ne sentons pas au moment, mais que nous retrouvons comme un miel délicieux resté après les choses quand elles sont loin de nous" (397).
"le don merveilleux de sentir sa propre essence dans les choses, ou l’essence des choses, et qu’on appelle don de poésie" (381).
"Mais cette essence intime des choses dont elle ne parlait pas, était en réalité la seule qui fût vraiment importante pour elle... ses vers [Mme Gaspard de Réveillon] s’y rapportaient toujours, nos poèmes étant précisément la commémoration de nos minutes inspirées, lesquelles sont déjà souvent une sorte de commémoration de tout ce que notre être a laissé de lui-même dans des minutes passées, essence intime de nous-même que nous répandons sans la connaître, mais qu’un parfum senti alors, une même lumière tombant dans la chambre, nous rend tout d’un coup jusqu’à nous en enivrer et à nous laisser indifférents à la vie réelle dans laquelle nous ne la sentons jamais, à moins que cette vie ne soit en même temps une vie passée [i.e. unless what I’m doing now is something I did before], de sorte que, dégagés un instant de la tyrannie du présent, nous sentions quelque chose qui dépasse l’heure actuelle, l’essence de nous-même." (379-80)
"cette essence intime des choses, ce souvenir d’elle-même qu’elle [Mme Gaspard de Réveillon] goûtait dans les parfums qui reviennent dans la vie... cette exaltation étant le seul signe où nous puissions reconnaître la vérité des idées qui nous viennent." (380)
"la nature serait une pauvre chose, si elle n’était qu’une suite de tableaux qu’on ferait preuve de goût en allant admirer.  Elle ne peut pas être séparée de notre vie, ni dans le présent... ni dans l’avenir où, quand on l’a une fois aimée, il suffit de la plus grise journée d’automne... pour nous enivrer du charme de notre passé et de la substance même de notre vie." (353)
"Mais il y a quelque chose de plus profond en nous qu’une émotion artistique, c’est un peu de nous-mêmes qui, gardé intact et frais dans quelque coin oublié, nous est tout à coup silencieusement offert." (221)

(d) involuntary memory thus yields truth (unlike conversation):
"comment saurais-je que, tandis que toute ma vie passée à entretenir tant d’amitiés et de plaisirs, qui me semble offrir perpétuellement tant d’idées justes, de remarques générales, de faits permanents, ne m’inciterait... qu’à écrire des pages banales, comment saurais-je que sur le sable de telle plage de Belgique vue une seule fois sans grand plaisir pendant une heure, gît une vérité précieuse, si un bon vent ne m’y conduisait, par les seules voies qui y mènent, celles de l’imagination, en me donnant... force prêtée pour m’y arrêter, m'y acharner, cette fois me mettre à travailler ?  ... Seule, en nous faisant sentir ce que nous avons senti une fois, elle [la nature] nous  mène droit à quelque point de ce monde fabuleux de nos souvenirs qui est devenu le monde de la vérité." (459-60)

(e) but again, this "truth" is a truth about you:
Jean to M. Duroc: “Ce dont j’ai besoin, c’est de me concentrer, de m’approfondir, de chercher la vérité, d’exprimer toute mon âme, ce qui est vrai, pas toutes ces choses en somme très futiles. (288)
[Cf. "Fragments de Comédie italienne": "Ces réflexions, inspirées par la société de Bergame, appliquées à une autre, perdraient leur part de vérité." (PJ 103)]

(f) involuntary memory gives feeling of immortality:
"dans ce moment où nous sommes si heureux nous ne redouterions pas de la perdre [= de perdre la vie]..." (JS 160)

(g) ...because the true self is extratemporal, feeds on the eternal:
"comme si notre vraie nature était hors du temps, faite pour goûter l’éternel et, mécontente du présent, attristée du passé, tressaillait tout à coup quand du choc du présent et du passé jaillissait quelque chose qui n’est ni aujourd’hui ni hier, cet aujourd’hui conservé sans modification de substance, mais qui est hors du temps, essence réelle de notre vie." (465)
"ce qui nous ravit dans le plaisir que nous éprouvons, c’est quelque chose que nous sentons au fond, quelque chose qui n’est pas d’aujourd’hui car un sentiment d’un autrefois où nous voyions ces pommiers pareils est dedans, et qui n’est pas d’autrefois non plus seulement [i.e. it is extratemporal]" (160).
"Et nous nous demandons s’il n’est pas plus beau que l’imagination... ne puisse... sauver ainsi de l’oubli... l’essence... de la vie en bateau, en wagon... que quand, jaillissant du choc d’un présent et d’un passé identiques, elle est dégagée du temps." (464)
"en cet instant où une sensation s’est présentée dans le présent comme étant celle du passé, du rapprochement jaillit comme une sensation située hors de la prise des sens et dans le champ de l’imagination qui maintenant ayant devant soi un objet éternel peut le connaître" (463).
"un sentiment... en dehors de toute durée..." (464)

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