Jean Santeuil
2.5.4.2.1 Involuntary memory: the voluntary-involuntary distinction
There's a strict distinction between voluntary memory and involuntary memory.
(a) you mustn’t try to remember: effort is not just useless but counterproductive.
"il ne dévorait plus la vie avec une sorte d’angoisse de la voir disparaître sous la jouissance, mais il la goûtait avec confiance, sachant qu’un jour ou l’autre la réalité qu’il y avait dans ces minutes, ils les retrouverait à condition de ne pas la chercher, dans le brusque rappel d’un coup de vent, d’une odeur de feu, d’un ciel bas ensoleillé..." (JS 397).
"Pendant que T. jouait une dernière valse, à une certaine phrase Jean sentit au fond de lui quelque chose qui avait tressailli. Sans doute c’était quelque mélodie oubliée où se trouvait cette même phrase, peut-être simplement le même accord qui, étonné de s’entendre, se débattait au fond de l’oubli, tâchait de revenir à la vie, à être senti et reconnu. ... Jean essayait de réentendre cette phrase... Il ne pouvait ressaisir la phrase. Mais pendant ce temps ce qui avait tressailli en lui s’éleva jusqu’à la pleine conscience. ... cette sonorité, ah! oui la voilà, il l’entend, et il l’a reconnue, c’était celle du vieux piano aigre de chez M. Sandré." (JS 120-1)
"Ce sont là les belles heures de la vie du poète, celles où le hasard met sur son chemin une sensation qui enferme un passé et qui permette à son imagination de faire connaissance avec le passé qu’elle n’avait pas connu,... et que l’intelligence, l’effort, le désir, rien ne pouvait lui faire connaître. Il lui fallait le souvenir, non point précisément le souvenir, mais la transmutation du souvenir en une réalité directement sentie." (462)
[Cf. "Rêveries couleur du temps": "telle adorée... qui le tint si fort, et qui maintenant s'en allait si vague qu'il ne la retenait plus, ne retenait même plus l'odeur disséminée des pans fuyants de son manteau, il se crispait pour le revivre, le ressusciter et le clouer devant lui comme des papillons. Et chaque fois, c'était plus difficile. Et il n'avait toujours attrapé aucun des papillons, mais chaque fois il leur avait ôté avec ses doigts un peu du mirage de leurs ailes" (174); "Pour l'apercevoir encore un peu, je suis obligé de cesser d'y penser par instants" (193).]
(b) there is a lot of chance in all this.
"Ce sont là les belles heures de la vie du poète, celles où le hasard met sur son chemin une sensation qui enferme un passé et qui permette à son imagination de faire connaissance avec le passé qu’elle n’avait pas connu,... et que l’intelligence, l’effort, le désir, rien ne pouvait lui faire connaître." (462)
"Par hasard, en accrochant un peu, les doigts de T. ont tiré de ce bon piano un son juste aussi aigre que celui du piano de M. Sandré. Sans cela jamais sans doute Jean n’y eût repensé..." (120-1).
"ce petit chemin de fer de Pont-L’abbé disparu à jamais de sa mémoire et auquel sans le hasard de cette phrase il n’aurait sans doute jamais pensé de sa vie" (655).
Compare Swann: "Mort à jamais ? C’était possible. Il y a beaucoup de hasard en tout ceci..." (S 47)
(c) memory is like a vast archive full of places where you might not look.
"Sans cela jamais sans doute Jean n’y eût repensé... Et la photographie de tout cela avait pris sa place dans les archives de sa mémoire, des archives si vastes que dans la plus grande partie il n’irait jamais regarder, à moins d’un hasard qui les fît rouvrir, comme avait été cet accroc du pianiste ce soir-là" (120-1).
Compare Albertine disparue: "chaque jour ancien est resté déposé en nous comme dans une bibliothèque immense où il y a des plus vieux livres un exemplaire que sans doute personne n’ira jamais demander." (AD 124-5)
(d) involuntary memory
breaks habit.
"en rapportant des souvenirs et en modifiant les choses auxquelles on s’était trop habitué pour pouvoir les sentir..." (381)