Jean Santeuil
3.2 Illusion Desirable
(a) Illusion is good.
"la bienfaisante illusion que Dieu a donnée à chacun de nous lui [= à Grisart] faisait regarder les belles relations comme quelque chose d’insignifiant dont il n’aurait pas voulu." (752)
"heureuse illusion" (53)
[Cf. "Rêveries couleur du temps": "L'ambition enivre plus que la gloire; le désir fleurit, la possession flétrit toutes choses; il vaut mieux rêver sa vie que la vivre, encore que la vivre ce soit encore la rêver, mais moins mystérieusement et moins clairement à la fois, d'un rêve obscur et lourd, semblable au rêve épars dans la faible conscience des bêtes qui ruminent." (PJ 170-1)]
(b) Illusion is necessary for action (and perhaps life).
Young Jean decides that the dedication in all his books will be: “...celui qui a écrit ce livre sait que tout et vanité, et ce livre comme le reste. Cela dit, comme il faut vivre et... écrire, il passe outre.” (108)
"la nécessité même de la vie nous empêche de fixer trop longtemps ces pensées de la mort de ceux qui nous sont chers, dangereuses et funestes puisque par horreur de cette mort elles anticipent sur elle et répandent sa tristesse sur le temps où il nous est donné de jouir de leur vie et..., pour ne pas avoir la douleur d’avoir à y renoncer un jour, nous conduiraient par le suicide à y renoncer tout de suite". (266)
(c) Jean wants his beloved to reassure him, whether honestly or not.
"«...Quand les souffrances anciennes reviennent... Il faut que tu puisses les charmer.. en m’embrassant..., en répondant non quand je te demande: Est-ce que tel soir, tu as fait quelque chose de mal ?»" (JS 796)
(d)
Illusions can be lucid.
"Nous pouvons à la fois douter des mêmes choses auxquelles nous croyons, et dans le moment même. Car tout ce qui pour nous est l’objet d’un sentiment profond... est pour nous un objet de foi... Nous croyons à la vie immortelle, et nous en doutons. Nous croyons en Dieu, et nous en doutons. Nous croyons aux serments de celle qui nous aime, et nous en doutons." (519-20)
[Cf. "Mélancolique villégiature de Mme de Breyves": "Et si une courte intimité avec lui rompait le charme qu'il avait jeté sur elle (elle ne voulait pas, ne pouvait pas le croire, même l'imaginer un instant; mais son esprit plus perspicace apercevait cette fatalité cruelle à travers les aveuglements de son cœur), elle resterait sans un seul appui au monde, après" (PJ 124); "et elle éprouvait tant de bien-être et tant de peine, qu'elle sentait que ce peu de chose qu'il était importait peu, puisqu'il lui faisait éprouver des souffrances et des joies auprès desquelles les autres n'étaient rien. Et bien qu'elle pensât qu'à le connaître mieux tout cela se dissiperait, elle donnait à ce mirage toute la réalité de sa douleur et de sa volupté." (PJ 125)
Or "Violante ou la Mondanité": "«...je sentais très bien, sans oser me l’avouer...»" (PJ 75).
Or "L’Indifférent": "elle ne pensait pas moins... que... il était inférieur... Elle sentait très bien que... Les raisons de son amour étaient en elle" (PJ 261-2).
Or again
"Rêveries couleur du temps": "Souvent, en effet, quand nous commençons d'aimer, avertis par notre expérience et notre sagacité,—malgré la protestation de notre coeur qui a le sentiment ou plutôt l'illusion de l'éternité de son amour,—nous savons qu'un jour celle de la pensée de qui nous vivons nous sera aussi indifférente que nous le sont maintenant toutes les autres qu'elle..." (PJ 181)]
(e) For example, we know we will die one day, but we also don't believe it.
[M.] Marie... se trouva acculé à un événement auquel il avait souvent pensé, mais sans penser qu’il arriverait jamais... La mort n’a rien que d’assez noble et nous pouvons très bien en parler. Mais un beau jour nous nous réveillons avec une angoisse au côté... Et cette douleur au côté... n’a aucun rapport avec l’idée de la mort... (JS 529)
Compare Recherche: "Je me disais : « Elle aime peut-être les femmes », comme on dit : « Je peux mourir ce soir » ; on se le dit, mais on ne le croit pas, on fait des projets pour le lendemain." (AD 95)